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(mis à jour jeudi 28 décembre 2006 à 14:57)

27/01/2004

27/01/04 - 19:09

L'Express du 26/01/2004

Homophobie

Le martyre de Sébastien

par Marie Huret

"Dans le Pas-de-Calais, un homosexuel a été brûlé vif. Son compagnon accuse et raconte les persécutions dont le couple faisait l'objet depuis deux ans

Le coup de sonnette fait sursauter Patrice Jondreville. «Je vais faire les courses, dit la voisine. Vous n'avez besoin de rien?» Le jeune homme au pull beige, cheveux poivre et sel, soupire de soulagement. Il en est là. A sursauter à chaque visite. A guetter les bruits. A revivre cette nuit-là. A 20 heures, le 16 janvier, son compagnon, Sébastien Nouchet, est sorti dans le jardin, à Nœux-les-Mines (Pas-de-Calais). Des ombres ont surgi, l'ont aspergé d'un liquide inflammable, et ont mis le feu. Brûlé au troisième degré, ce grand brun de 38 ans est aujourd'hui allongé sur un lit d'hôpital. Hors d'état de parler.


Les enquêteurs n'excluent aucune hypothèse. Mais, fumant cigarette sur cigarette, Patrice accuse: «C'est un acte homophobe.» Il y a deux ans, lorsque Sébastien et lui vivaient à Lens, une bande de jeunes les avait pris pour cible, et, déchaînée, s'était mise à les persécuter: à coups de pied, de pierres, de poing. Pendant plus d'un an. Leur tort? Ils avaient porté plainte pour le vol d'une voiture. Ce fût le début du cauchemar. Par peur des insultes - «Sale pédé, on va te faire la peau!» - Sébastien n'ose plus sortir. La bande de jeunes s'enhardit, campe sur leur perron, s'approprie les lieux. Ils boivent des bières, fument des joints, jouent aux cartes, s'amusent à terroriser le couple. Ouvrier dans une usine, Patrice rentre chaque soir du travail «avec le cœur qui bat à 100 à l'heure», dit-il. En les voyant, parfois, il fait demi-tour et tourne des heures en voiture avant d'oser rentrer. Les actes se font plus violents: la porte de leur maison est incendiée. Un soir, Sébastien reçoit un coup de tournevis dans le dos. Chaque fois, le couple dépose plainte. Chaque fois, des représailles. Enfin, en 2002 et 2003, les jeunes harceleurs, parfois mineurs, sont condamnés à des peines de prison et à verser des dommages et intérêts. «Eux qui voulaient vivre au grand jour, on les a obligés à se cacher dans la pénombre», relève leur avocat, Me Jean-Bernard Geoffroy. En déménageant, il y a un an, ils pensaient être enfin tranquilles. Choqué, Patrice se bat pour que les agresseurs soient retrouvés. Il se bat pour l'honneur des homosexuels. Parce que «Sébastien l'aurait voulu»".

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