Article de presse, débat : merci Philippe !
PLACE DE LA BOURSE. -- Tempête dans le verre d'eau du patrimoine : faut-il réinstaller Louis XV ou les Trois Grâces au coeur des façades XVIIIe ?
Une fronde pour le roi
Catherine Darfay
La place de la Bourse a d'abord accueilli la statue de Louis XV, puis une obscure sculpture, puis la fontaine des Trois Grâces
REPRODUCTION « SUD OUEST »
C'est une révolte ? Non sire, mais l'affaire est sérieuse. Drôle de jacquerie en vérité où les insurgés portent l'étendard de Louis XV, où les beaux esprits s'étripent à coups de "plaidoyer", "supplique" et autre pétition, où les historiens d'art vident de vieilles querelles sous couvert d'arguments d'expert. Et même la mairie est embêtée. Tout ça pour une histoire d'oeuvre d'art à mettre, à ne pas remettre, voire à re-remettre place de la Bourse. Faut-il être fontaine ou statue, chevaux du roi ou grâces dénudées, telle est la question.
J'en vois qui ne suivent pas. Résumé des épisodes précédents, donc (1). Prenez la place de la Bourse, emblème du Bordeaux XVIIIe. Le tramway à venir sur les quais l'a débarrassée des voitures, soit. Mais en surface uniquement puisqu'un parking est creusé dessous. Pendant les travaux, il a bien fallu évacuer la fontaine des Trois Grâces due au sculpteur Visconti et que les Bordelais avaient toujours connue puisqu'elle y a été installée sous le second Empire.
Et ce déplacement provisoire a fini par inquiéter. Songez. Inspiré par les âmes damnées de la modernité, Juppé aurait, parait-il, voulu n'y rien (re)mettre du tout. Une sorte d'esthétique de l'espace vide, vite assimilée à l'absence de culture et qui a déjà fait grimacer à Pey-Berland. Tout juste si on ne le soupçonne pas d'avoir souhaité deshabiller la place pour mieux pouvoir y installer les tentes et les estrades de la fête du vin, du fleuve, ou d'autre chose. Un vrai crime de lèse-XVIIIe dans cette ville si fascinée par le blond miroir de son patrimoine que n'importe quelle pierre mal grattée soulève un tollé.
La statue déboulonnée. « L'occasion des travaux ne se représentera pas : c'est le moment où jamais de réclamer le rétablissement du groupe équestre de Jean-Baptiste Lemoyne pour lequel la place avait été faite au XVIIIe siècle », lance l'écrivain Jean-Marie Planes (1).
Le fait est que, comme toutes les places royales de France et de Navarre, le lieu célébrait à la fois l'embellissement de la ville et la gloire de la dynastie. En 1753, il accueillit donc la statue de Louis XV, montré sur son cheval de bataille et étendant le bras vers le fleuve... « C'est un chef d'oeuvre reconnu et cité partout » assurent les défenseurs de la statue.
A tel point que, pétition à l'appui (2), ceux-ci se sont réunis en comité qui comprend des historiens (Michel Figeac, Philippe Loupès, Séverine Pacteau, l'ancien recteur Jean-Pierre Poussou), des spécialistes de l'histoire de l'art (Marc Favreau, Christian Taillard)... Plus, dans le rôle du sans-grade préposé aux photocopies, le guide touristique Yves Simone. Soit pas vraiment ce que Bordeaux compte de plus audacieux en matière d'art, mais pas non plus le ramassis de royalistes qu'on pouvait craindre.
« Je suis fils de communiste et je ne m'intéresse à cette histoire que pour que Bordeaux ait un monument de plus : si la place de la Bourse retrouvait Louis XV, on pourrait mettre la fontaine des Trois Grâces ailleurs. Pourquoi pas à Bacalan ? ». « Royaliste, moi ? C'est hautement improbable, s'amuse Jean-Marie Planes, également membre du comité. Le sujet, ce n'est pas Louis XV mais le groupe équestre. »
Les partisans du retour du roi ont la chronologie pour eux. Plus le bon goût, estiment-ils. Quant au fait que la statue ait été déboulonnée sous la Révolution et ne soit donc possible que sous forme de copie, Christian Taillard balaie l'argument : la maquette de la statue se trouve au musée des Arts Décoratifs; les décors des piédestaux sont au musée d'Aquitaine et le dessin de la grille a été conservé aux archives départementales. De toute façon, la plupart des statues de plein air sont aujourd'hui des répliques.
La parole à la défense. Et que font pendant ce temps les défenseurs de la fontaine ? Ils font comme les autres, ils se comptent. A vrai dire, faute d'avoir pétitionné, l'historien d'art Robert Coustet se compte un peu tout seul.
Ce qui ne l'empêche pas de fourbir ses arguments : « Que le groupe équestre de Lemoyne soit plus réussi que la fontaine de Visconti est une question de goût. Et les Grâces ne sont point si laides, qui sont, elles aussi, citées dans les anthologies de la sculpture de leur époque. Surtout, si les reconstitutions patrimoniales se justifient dans les pays dévastés par la guerre, les monuments se sont succédé à Bordeaux sans jamais faire table rase du passé. Un patrimoine virtuel n'a pas légitimité à se substituer à celui qui l'a remplacé. La charte d'Athènes sur les monuments historiques est sur ce point formelle... »
On en est là. Et dire que le tramway frôlera bientôt la place XVIIIe...
(1) Voir nos éditions du 3 et du 20 février (2) La pétition est pour l'instant déposée au café Saint-Rémi et au café Français
28/03/04 - 00:34
Ah, vous avez une fontaine avec 3 grâces vous également ?
Nous on a en même temps les 3 grâces ET une statue équestre, mais c'est Louis XIV pas XV et on l'a mis en dehors de la ville, comme ça, il surveille ce qui se passe dehors... et les PDs qui draguent ! ben oui, a Montpellier l'ancienne place Royale c'est le lieux de drague homo, c'est le Peyrou.
Que Ludovico Magno nous protège !
Xymox (visiteur)